Interviews

 

¤ Arthélius n°8 ¤

Même si les raisons du succès de Nip/Tuck sont nombreuses, l'une des principales tient dans la façon admirable dont Julian McMahon campe le personnage de Christian Troy. A la fois séducteur et impitoyable, le Docteur Troy n'en est pas moins un chirurgien au grand coeur, qui comme beaucoup ne recherche qu'une chose, le bonheur. Y aurait-il un peu de Troy dans McMahon, c'est ce que nous allons essayer de découvrir dans ce jeu de questions/réponses avec un grand Monsieur des séries télé.

Quand avez-vous pris conscience que la série avait quelque chose en plus ? Pas avant le troisième, quatrième ou cinquième épisode, je crois. En fait, c'était vraiment bien après le début de la série. Nip/Tuck est arrivé sans qu'on l'attende, diffusée en période estivale, accompagnée d'une énorme campagne publicitaire et de tout ce qui va avec. Les gens ont tout naturellement commencé à regarder la série, mais ce n'est pas avant la diffusion du sixième épisode que l'audience a vraiment décollé. Jamais la chaîne FX (qui a diffusé la série en premier aux USA) n'avait eu une telle part d'audience féminine. Vous voyez, tout cela se passe autour de vous et soudain, vous vous dites : "Ca y est, nous commençons à toucher une corde sensible, la série parle à nos spectateurs comme nous l'avions espéré".

Comment expliquez-vous qu'il y ait autant de fans d'une série mettant en scène des personnages aussi perturbés ? Je pense que toute la différence se fait parce que la série est sexy. C'est bel et bien un spectacle sexy que nous offrons. Les personnages sont très glamours, leur façon d'être, de s'habiller... tout est torride et les femmes en raffolent. Je pense égaelment, que la chirurgie esthétique les intrigue, la profondeur des personnages et les abysses dans lesquels nous nous plongeons parlent directement aux femmes, elles réagissent presque à un niveau instinctif.

Parlez-nous de votre personnage. Avec plaisir. C'est le seul personnage que j'ai joué, pour lequel j'ai l'impression de vivre une autre vie, tellement il est différent de moi et suit un chemin qui m'est inconnu. Il prend des décisions que je n'aurais jamais prises, ça c'est clair ! Il traite les gens de façon plus radicale que je ne l'aurais fait. Mais en même temps, c'est un homme qui acceptent les challenges émotionnels et physiques sans rechigner. Il les accepte et fait ce qui lui semble le mieux, sans se préoccuper des conséquences. J'admire sa façon d'être honnête, sa prestance et sa façon de manipuler qui il veut.

Y a t'il en vous une part de Docteur Troy ? Nous avons exactement la même pointure, ce qui est un exploit en soit lorsque l'on considère que nous sommes si différents. Mais c'est une bonne question... Je pense que mon personnage se lance continuellement des défis de bien des façons, que ce soit au niveau moral, au niveau des choix... Et je suis également comme ça. Il se remet toujours en question et s'oblige à corriger la façon dont il régit sa vie : ce qui est bien et ce qui est mal, la façon dont il est perçu et dont il perçoit les autres, fait-il les bons ou les mauvais choix... et à partir de là, il fait son possible pour redresser le cap. Il ne prend pas toujours la bonne décision aux yeux des autres, mais à ses yeux, il n'a pas d'autres façon de faire, même si cela se révèle être négatif. Sur ce point, nous somme similaires, lorsque nous sommes confrontés à un problème récurrent, nous faisons tout pour le résoudre, peu importent les moyens mis en oeuvre.

Connaissiez-vous bien le profil psychologique de votre personnage avant de commencer à tourner ? Tout particulièrement pour l'épisode avec le prêtre ? Ce dont je voulais être certain pour cet épisode, c'est que la décision de Troy soit celle prise par un homme, un vrai. c'est une autre couche de sa personnalité, il réagit comme un homme en prenant les décisions qui lui semblent justes. J'ai d'ailleurs continué à accentuer ce trait dans les épisodes suivants. Lorsque vous arrivez à la fin de la saison, vous ne le voyez plus comme un naze, qui n'a rien fait pour s'en sortir. Je ne pourrais pas tenir émotionnellement en vivant sa vie, ça serait bien trop épuisant croyez-moi.

Le docteur Troy est sûr de lui. Est-ce que vous possédez cette même assurance ? Cette assurance vient de la façon dont le personnage est écrit et de la façon dont je l’ai campé. Je sentais qu’il avait son propre rythme, un peu comme s’il marchait à la façon de la Fièvre du Samedi Soir. C’est sa façon d’être, il est «rock’n roll ». Je ne pouvais pas m’éloigner trop de cette attitude, mais au fur et à mesure que nous le découvrons, c’est toute sa tempête intérieure qui transparaît. Ce n’est pas qu’un mec sûr de lui, ce n’est pas parce qu’il paraît être inébranlable lorsqu’il se trouve en soirée, ou qu’il drague une fille qu’il l’est à chaque instant de sa vie. C’est toute sa vie que nous découvrons avec ses moments de doute où il est pathétique. C’est un aspect de la série que j’adore. Vous voyez les personnages sur leur piédestal en vous disant à quel point ils sont fantastiques et le moment d’après vous les retrouvez le nez dans le caniveau. J’aime jouer ces deux extrémités d’un même personnage, c’est de cette façon que vous comprenez un individu. Je joue plus sur l’aspect confiant du personnage, de façon à lorsqu’il se trouve de l’autre côté, vous puissiez bien voir la différence. Plus j’accentue cette confiance et plus je vous met en condition pour le moment où il va s’écrouler, car là il tombe d’encore plus haut. Et oui, vous me demandez si je suis comme ça dans la vie… Je pense que je le suis par le fait d’avoir moi aussi mes hauts et mes bas.

Est-ce que jouer des scènes dénudées était une nouveauté pour vous ? Vous savez, ce n’est jamais très facile de jouer nu avec quelqu’un que vous ne connaissez pas, que vous n’avez jamais rencontré. Vous devez toujours faire que l’ambiance soit détendue pour que personne n’ait l’impression d’être abusé. Vous devez vous sentir à l’aise.

Quelle a été la réaction du public australien à la sortie de Nip/Tuck ? La série est directement passée en tête. Nous avons également explosé les records d’audience sur le câble en Angleterre et au Canada. Je pense qu’il s’agit d’une série qui s’exporte bien. C’est très agréable de faire partie de quelque chose qui est à la mode. C’est génial.

Aimez-vous votre personnage ? Vous savez, je voulais être le méchant garçon. J’aime jouer les méchants, c’est plus amusant. J’ai joué au démon dans Charmed. Au méchant dans Profiler. Mais je ne comprends pas pourquoi les gens pensent que je joue encore un rôle de mauvais. Pour moi, il s’agit juste d’un homme, qui essaie de rester un homme. Tout n’est pas si simple, et ce que j’aime avec la série, c’est qu’elle montre à quel point tout le monde est vulnérable.

Recevez-vous beaucoup de courrier de fans ? La plus importante et merveilleuse des choses est que je ne reçois jamais de courrier négatif. J’ai voulu jouer mon personnage de façon à ce que même si c’est un méchant garçon, un naze, peu importe la façon dont vous voulez l’appeler, il y a toujours une part de moi qui reste connectée à lui. J’ai beaucoup travaillé pour créer ce lien, car pour moi, il n’y a pas d’intérêt à jouer un abruti fini. Il ne peut pas être juste un naze. Vous devez pouvoir avoir des gens qui ont envie de suivre ses aventures pendant une quinzaine d’épisodes. C’était donc très important pour moi. Les fans aiment Christian.

Est-ce que l’on vous pose à présent des questions sur la chirurgie esthétique et avez-vous appris quelque chose sur la profession ? J’ai eu de tout ! Et je continue à en avoir, jusque chez moi ! (rires) Oui, j’ai appris pas mal de choses. Ca a été très appréciable. Nous avons tout fait, de bosser sur les fesses, les seins, le nez, à ouvrir des ventres, dégraisser des bras, jusqu’à changer des jumeaux pour qu’il ne se ressemblent plus. Au niveau des procédures chirurgicales, nous avons toujours été réguliers, allant même très loin. Mais c’est un aspect que j’aime beaucoup et qui prend une importance à part entière dans la série. La chirurgie esthétique est un personnage à mes yeux. Elle est omniprésente et sert de toile de fond à l’histoire. Linda Klein, le docteur présent sur le plateau, m’a beaucoup appris. Elle nous montre comment opérer. Nous faisons notre possible à l’écran, mais nous devons bien évidemment franchir la barrière entre réalité et fiction, tout en nous approchant au mieux de la réalité. J’ai donc pas mal appris. J’ai même assisté à quelques opérations et je vais continuer à en voir.

Comment a réagi votre famille face à votre personnage ? Ma mère adore la série. Elle est venue sur le plateau lorsque nous commencions à tourner. Ma sœur est également fan. De plus, la série cartonne en Australie alors que demander de plus.

En tant que père, est-ce qu’il est plus difficile de tourner un film pendant 4 semaines d’affilée ou bien de jouer régulièrement dans une série télé ? Le côté positif d’une série est que vous restez sur place. Je n’ai pas à trimballer mon enfant à droite et à gauche. Même si partir tourner au loin est amusant, cela l’est moins quand on a un bébé. Il faut s’organiser, avoir une nounou…

Avez-vous déjà emmené votre fille sur le tournage de Nip/Tuck ? Oui, même si ce n’est pas une atmosphère très gaie pour un enfant. De l’emmener apporte une pression supplémentaire, car il faut s’occuper d’elle. Je pense qu’elle viendra plus lorsqu’elle aura grandi, qu’elle comprendra mieux les choses. Ce sera plus amusant. Sinon, sa visite se résume à faire des siestes dans la loge.

Pourquoi avoir choisi de l’élever aux USA plutôt qu’en Australie ? C’est une bonne question. Ce sont deux très beaux pays, vous savez. Je vis aux USA depuis 13 ans et je me considère chez moi maintenant. Ayant grandi en Australie, je suis toujours lié avec le pays bien sûr, ma famille étant d’ailleurs toujours là-bas. Je pense que je vais élever ma famille avec les deux cultures. Sa scolarité se fera malgré tout, là où nous nous trouvons, donc certainement les USA. Mais je veux absolument que l’on passe du temps en Australie, peut-être même quelques années.

Qu’est-ce qui vous manque le plus en Australie ? Ce qui me manque le plus est de vivre sur la plage. Je pouvais faire du surf tous les matins. La bière australienne me manque aussi. Je suis amoureux de la bière.

Quel est le plus grand bonheur d’être père ? Ce que j’aime par dessus tout dans la paternité est de me réveiller et d’aller voir ma fille pour lui dire bonjour.

Pour terminer et en revenir à Nip/Tuck, qu’est-ce qui honnêtement fait d’une femme la femme idéale ? Ma réponse va fonctionner aussi bien pour moi que pour mon personnage, elle doit avoir bon cœur…

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